De dealer à accompagnateur : le témoignage d’une renaissance à l’Association américaine de probation et de libération conditionnelle

Billa Nanra témoigne de son parcours de vie et sa transformation radicale grâce au Programme d’éducation pour la paix devant des professionnels de la probation et libération conditionnelle à New York.

J’ai eu la chance de faire une présentation du Programme d’éducation pour la paix en août dernier à l’institut de formation de l’Association américaine de probation et de libération conditionnelle (APPA), dans le cadre de son 50e anniversaire. L’APPA est un organisme américain à but non lucratif qui soutient les professionnels de la probation et de la liberté conditionnelle en organisant des formations, des rencontres sur les réseaux et plus encore.

Je ne suis pas un expert mais je connais bien la question pour avoir été moi-même incarcéré et avoir longtemps vécu l’enfer de la drogue et la probation. Depuis cinq ans maintenant, j’accompagne des gens dans leur cheminement vers la réhabilitation et la découverte de soi.

J’ai donc témoigné de mon parcours devant ces gens du métier : comment je suis sorti de l’engrenage de la dépendance et de la prison pour retrouver un équilibre et reprendre confiance en moi. Cette transformation a débuté avec le Programme d’éducation pour la paix de la Fondation Prem Rawat (TPRF). Deux collègues étaient venus avec moi à la conférence de l’APPA : le Dr Mitesh Desai, médecin britannique, et Julie Truschel, fondatrice et directrice du projet Supervision Around the World, qui a fait l’introduction et animé notre échange.

Billa Nanra shares his perspective to APPA training attendees on what is was like to go from dealer to healer.

Même si j’ai déjà participé à ce genre de conférences, je suis toujours nerveux avant, mais c’est un bon stress. Représenter TPRF est une responsabilité que je prends très au sérieux. C’est un honneur et un privilège pour moi de pouvoir le faire.

Il est vraiment important que les professionnels de la probation et de la libération conditionnelle entendent parler de la transformation intérieure qui a permis à quelqu’un comme moi de quitter ce système – et d’en sortir meilleur. Le taux de récidive est élevé mais j’espère que mon expérience prouve que le changement est possible. Si j’y suis arrivé, je sais que n’importe qui peut le faire.

Le Programme d’éducation pour la paix a été déterminant dans mon changement. Ce programme consiste en une série d’ateliers vidéo qui abordent nos ressources intérieures centrées sur dix thèmes : la paix, l’appréciation, la force intérieure, la conscience de soi, la clarté, la compréhension, la dignité, le choix, l’espoir et la plénitude. Chaque séance m’a aidé à me rapprocher de ces aspects de moi-même. J’ai particulièrement aimé celle sur la conscience de soi, avec l’histoire du bon loup qu’il faut nourrir.

J’ai suivi ce programme en octobre 2018 à la prison de Leeds, au Royaume-Uni. Là, j’ai réalisé que je pouvais soit continuer à faire mes allers-retours en prison, soit essayer de me reconstruire autrement. Cette prise de conscience m’est venue dans l’aile de la prison en regardant autour de moi, et je me suis dit : “Je ne veux plus de cette vie-là.”

On me demande parfois de raconter comment je suis passé de dealer à leader mais, plutôt qu’un “leader”, je préfère dire que je suis quelqu’un qui aide à guérir. En fait, je montre l’exemple au lieu de dire aux autres quoi faire. Depuis ma sortie de prison, en octobre 2020, j’anime de manière continue des séances du Programme d’éducation pour la paix, et j’essaie d’allumer autant de bougies que possible. Je carbure à ce programme. Actuellement, j’anime sept ateliers par semaine dans des maisons de transition [appelées “lieux approuvés” au Royaume-Uni] pour six groupes d’hommes et un de femmes.

Arrêter la drogue a été la partie la plus facile. Le plus dur a été de ne pas replonger. Aujourd’hui, ma drogue c’est le bonheur, la joie et la vie. Beaucoup de participants au programme arrivent avec des traumatismes, des problèmes de santé mentale et des troubles liés au déficit d’attention ou à la dépendance à toutes sortes de substances. Le Programme d’éducation pour la paix leur tend un miroir pour qu’ils se voient comme des êtres humains, ce qui est rarement le cas en prison.

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Mon vécu crée un lien avec eux. Je ne leur cache rien de mon histoire et leur parle de mon documentaire “Vaincre le dragon”*. Les voir changer, prendre leurs responsabilités et devenir forts, c’est vraiment puissant. Je me reconnais tellement en eux. Comme le dit Prem Rawat, ce qui compte, c’est aujourd’hui. Petit à petit, jour après jour, votre passé vous pèse moins et votre avenir devient plein d’espoir.

J’étais vraiment enthousiaste à l’idée de participer à la conférence de l’APPA cette année, car je veux contribuer à développer le Programme d’éducation pour la paix dans un maximum de structures du système judiciaire et dans la société en général. J’aimerais voir davantage d’engagement et d’investissement pour soutenir le bien-être des personnes, car la réinsertion dans la société est une étape essentielle de leur parcours pour renouer avec leur environnement et se réintégrer pleinement.

Je suis aujourd’hui plus heureux que je ne l’aurais jamais imaginé. Chaque jour est une occasion d’apprendre : avec l’esprit clair, la gratitude au cœur et bien sûr le ventre plein.

Je tiens à remercier les bénévoles avec qui je travaille pour leur engagement sans faille, leurs conseils et leur appui. Et, pour finir, merci à M. Prem Rawat d’avoir allumé ma bougie. Ma vie s’est transformée de façon inimaginable.

Ma drogue, maintenant, c’est la vie.

 

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